Les billets de banque ont depuis longtemps alimentés l'inspiration des publicitaires à des fins commerciales. Nous vous présentons aujourd'hui un exemple concret d'imitation réussie d'un très rare billet du XIXe siècle de 1 000 francs type 1831 (1) transformé pour l'occasion en minuscule coupure d'amusement destiné à accompagner le contenu d'une boite de bonbons pour le jour de l'an de... 1840 !

Ce document unique, imprimé en lithographie sur du papier de soie, ne mesure que 65 mm de large sur 11 mm de hauteur ! La prouesse technique portée au niveau de la gravure nous offre un résultat d'une très grande finesse de détails dans la recopie de la vignette originale. Ce petit 1 000 francs est uniface, bien que son verso pourrait facilement faire croire à une impression à l'identique inversé comme sur le billet de 1831...

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Si l'on se penche plus précisément sur le contenu graphique de la vignette publicitaire, on observe tout d'abord que l'écriture verticale du talon à gauche, comporte les mots « LEGER POMEL » en lettres cursives et qui pourraient parfaitement correspondre à la signature d'un graveur de l'époque spécialisé en taille-douce nommé « Léger dit Pomel » (2) ou de la maison de ventes et d'éditions d'estampes « Léger-Pomel », établie à Paris au 22, rue de la Vieille Monnaie entre juillet 1835 et 1840. Ce qui colle parfaitement à la période d'émission du 1 000 francs type 1831, mis en circulation entre le 15 septembre 1831 et le 25 novembre 1841.

Le faux billet est numéroté « V10 - 600 », une numérotation qui n'est pas du tout en concordance avec celle du vrai billet (3), sans doute afin d'échapper aux éventuelles poursuites de la Banque de France. Dans un souci de détail, on observe aussi que le billet comporte une imitation plus ou moins réussie des trois signatures avec Le Caissier Principal, Le Contrôleur et LE SECRÉTAIRE : De Crousaz-Crétet / Ville / Garat... La signature de De Crousaz-Crétet étant particulièrement difficile à déchiffrer !

L'auteur de la vignette s'est par ailleurs permis quelques petites digressions. Dans le cartouche central situé en bas au centre du recto, le texte « La loi punit de mort le contrefacteur » a été remplacé par le mot « BONBON » ! Les textes des deux cartouches circulaires contenant « l'article 139 du Code Pénal » et « l'article 36 de la Loi du 24 germinal An XI » ont été remplacés à gauche par « Tout Contrefacteur du présent Payera pour son châtiment », et à droite, par « Mille sacs assortis de bonbons bien choisis » ! Enfin au centre, le texte du cartouche ovale contenant le « Registre de Contrôle » a été remplacé par « CAISSE DU JOUR DE L'AN ».

Il semble désormais que ce billet spectaculaire de 1 000 francs « Bonbon » soit référencé comme le plus ancien billet publicitaire connu à ce jour (4).




Notes

(1) Référence catalogue connue : Fayette-Dessal : #F.A14.01.
(2) Archives Nationales F18 1806 : dictionnaire des imprimeurs-lithographes du XIXe siècle : Un espagnol nommé Étienne Nunez de Taboada aurait acheté le secret des procédés chimiques relatifs à la « Lithographie », puis ayant d'abord égaré puis à nouveau retrouvé son brevet en 1828, il aurait finalement finit par le céder à 500 francs à un graveur nommé « Léger dit Pomel » !
(3) Les alphabets du 1 000 francs type 1831 sont : 23 à 37.
(4) Le plus ancien billet publicitaire retrouvé jusqu'à présent était le 1 000 francs « Procédé Fortier » daté de 1845.


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