Préambule

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Cet article a été publié pour la première fois en... 2001, dans le N°14 de la revue littéraire sur les arts de l'image intitulée « La voix du regard ». Son auteur, Michel Dupré, nous a fait l'honneur d'accepter que nous puissions republier en intégralité un texte qui n'a rien perdu de sa saveur et de son actualité, et ce, malgré ses 19 ans ! Voici déjà plusieurs années que je songeais à remettre ce très beau texte dans la lumière, celui-ci ayant sans aucun doute déterminé ma vocation de chercheur-collectionneur ! Que la lecture de ces quelques lignes puisse vous apporter un nouveau regard sur les fabuleux billets qui ont constitué l'histoire de notre pays jusqu'à l'avènement de la monnaie européenne en 2002.

Toute l'équipe de Numizon se joint à moi pour remercier encore très chaleureusement M. Michel Dupré pour son aimable autorisation. Yann-Noël Hénon.



Conçues, produites, publiées pour être vues, certaines images ont le privilège d’être regardées. C’est là l’objectif premier des publicitaires qui s’ingénient à trouver les modes iconographiques capables d’attirer l’attention du public pour tenter de leur délivrer quelque message persuasif. Parmi la foule d’images qui occupent notre environnement quotidien, il en est, des plus fréquentes, que nous voyons chaque jour sans pour cela les regarder. Une bonne raison sans doute pour y jeter un œil, critique.

Le politique, grâce aux appareils administratifs, exploite le pouvoir des images. Spectaculaires ou discrètes, elles jouent un rôle de soutien à l’idéologie dominante. L’état ne produit d’images que dans la mesure où elles peuvent être utiles au maintien de certaines valeurs. En politique, la mise en œuvre de moyens importants est un signe patent de l’existence d’objectifs déterminés. Les « objets » produits sous le contrôle de l’état ne peuvent déroger à cet ordre politique. Particulièrement les images. Selon le modèle de ce que Louis Althusser nommait Appareils Idéologiques d’État, on pourrait donc avancer la notion d’Image Populaire d’État qui qualifierait toutes images produites et largement diffusées par des institutions officielles : timbres-poste, cachets administratifs, logos (diplômes, feuilles d’impôts, papiers en-tête…), écussons, médailles, mais aussi uniformes, bannières, drapeaux, etc (1). Autant d’« images parlantes », discrètes images de propagande. Parmi ces images, le billet de banque. Fonctionnel et symbolique, il s’inscrit dans une « obligation absolue d’enrôler des mémoires locales dans le fond commun d’une culture nationale… » (2). Ces petits papiers d’usage quotidien, nos francs, participent à la fondation d’une certaine image de la Nation. Expression du pouvoir politique, financier, économique, la monnaie, par sa forme matérielle est aussi une de ses manifestations idéologiques.

Le premier janvier 2002 le Franc disparaît au profit de l’Euro. Cette disparition implique évidemment celle de nos pièces et billets, émis depuis deux siècles par la Banque de France en quantités énormes : 226 milliards de francs de papier monnaie (3) pour l’année 1990.

Cette activité éminemment nationale prend fin : le Franc est mort, vive l’Euro !

Constituant désormais un corpus fini, l’ensemble des émissions peut être analysé en ce qu’il constitue, depuis deux siècles, une très officielle imagerie devenue populaire au fur et à mesure de l’extension de son usage (4). En tant qu’images, et de grande circulation, les billets de banque sont porteurs de messages. Leur origine officielle implique nécessairement l’existence d’une fonction idéologique et les situe dans un cadre que l’on peut imaginer lié à la propagande. « Ce qui peut transparaître et circuler avec le signe monétaire, c’est beaucoup plus que le visage d’un souverain ou d’une façon plus générale du chef de l’état, quelle que soit la forme de l’état. C’est l’image d’un caractère, d’une politique, de ses ambitions, réussite, insuffisances ou échecs, de ses avatars, le symbolisme du pouvoir lui-même, la figure de ses moyens à travers le temps et l’espace, de la Grèce antique à nos jours ». Ce que note Pierre Deshaye concernant la numismatique (5) vaut pour la monnaie de papier, véritable document iconographique. Il n’est donc pas inutile de s’attarder sur ce que ces images ont montré, ce qu’elles ont pu proposer au regard de chacun à tel ou tel moment de notre histoire. L’analyse, demain, des choix effectués pour l’Euro, dont l’iconographie doit éviter toute référence nationale au profit d’une imagerie « européenne » à inventer, jettera peut-être un éclairage inédit sur la construction de l’Europe.

Histoire

Après l’expérience malheureuse de Law, créateur des assignats en 1716, c’est avec la fondation par Bonaparte de la Banque de France, organisme privé (6), que le papier monnaie prend son véritable départ. Tous les billets émis avant la création de cet organisme, assignats, billets à ordre, billets de nécessité, mandats territoriaux, sont des rectangles de papier, gravés ou typographiés, imprimés sur une seule face.

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La plupart d’entre eux comportent bordures décoratives, figures allégoriques, numéros, signatures, texte de loi et sont marqués d’une effigie du Roi (Louis XVI) dans un médaillon circulaire, allusion aux sceaux et autres cachets du souverain (7). La plupart de ces éléments persisteront dans les émissions de la Banque de France. En revanche, l’inscription « République Française » présente sur certains assignats, n’existera sur aucune des coupures suivantes, et ce jusqu’à nos jours, alors qu’elle persiste sur les pièces, parfois modifiée par un nouveau régime, « Empire français » ou « État français ».

Par décret du 24 pluviose de l’an VIII (13 février 1800) la Banque de France devient le principal organisme (non le seul) émetteur de papier monnaie avant d’en détenir l’exclusivité définitive par la loi du 24 Germinal de l’an XI (14 avril 1803) (8). Durant deux siècles la responsabilité de la création du papier-monnaie, valeur et iconographie, incombe à cet organisme (la monnaie métallique restant de la compétence de l’Hôtel des Monnaies).

Les premières émissions répètent simplement le modèle fourni par les assignats, mais avec un « talon ». Composé d’arabesques entrelacées et de la mention Banque de France en cursives fleuries, il permettait de vérifier l’authenticité du billet au guichet en le faisant coïncider avec la partie du talon conservée par la banque (9). Ces premiers billets sont monochromes, imprimés en noir, puis rouge ou bleu. Une deuxième couleur vient s’ajouter en 1873, impression en bleu sur fond ocre, puis bleu et rose. Les papiers sont généralement blancs, parfois verts ou chamois, marqués de filigranes réduits à un simple texte (valeur faciale du billet en général), puis de figures dès le second Empire. L’impression sur une seule face fait place, en 1831, à l’impression dite « à l’identique » qui fait coïncider le même motif des deux cotés du billet. Une vignette différente apparaît sur le verso en 1862 mais le procédé à l’identique sera repris dans les années 1930 pour le 5000 francs pour une partie de l’image. En 1978, le 100 francs Delacroix présentait pour la dernière fois une exacte coïncidence du visage recto verso.

Très tôt l’austérité minimaliste des premières coupures est abandonnée. En 1817 Andrieu grave un billet de 1000 francs : la simple ligne d’encadrement reprise des assignats devient une bordure décorative riche d’objets symboliques et de figures allégoriques. Aux cadres décorés de rinceaux et arabesques, viendront s’ajouter des cartouches, des trophées, des personnages drapés à l’antique, etc. à l’image des frontispices des éditions de luxe et des décors éclectiques de l’architecture.

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Vint le bleu. Pour des raisons de sécurité. En effet, l’invention de la photographie permettait facilement la reproduction des impressions noires. Le bleu, moins photogénique, gênait efficacement ces pratiques de falsification. Cette couleur bientôt couplée avec un rose pâle multipliera les difficultés de contrefaçon. Les progrès techniques favoriseront la polychromie conférant aux billets un aspect nouveau de plus en plus attrayant. Pour chaque coupure, de véritables tableaux historiés riches et complexes, seront créés, propres à décourager le faussaire. De ce fait, les composants de ces images feront l’objet de décisions suivant des critères idéologiques et pas seulement esthétiques. La présence de figures – personnages mis en scènes, paysages, etc. – impliquent des enjeux nouveaux : que peut-on, que doit-on faire figurer sur le billet dès lors qu’il doit circuler parmi la population ?

On aurait pu croire que les tendances rationalistes, fonctionnalistes, utilitaristes, positivistes du XIXe siècle donnent lieu à une iconographie à la fois pertinente et redondante « disant » la monnaie en toute logique cartésienne. Il n’en est rien. L’image qui constitue le billet n’illustre pas directement sa fonction ou sa valeur (10). Ce n’est pas l’image qui est le signe de la valeur de ce morceau de papier. Elle est donc signe d’autre chose. L’argent s’énonce par déplacement, à travers ce qui le produit, la science, le travail, le commerce, etc. et ses attributs codés. Puis la ruche disparaît au profit du travailleur, le port de mer remplace l’ancre et l’aviron, le laboratoire le caducée… L’allégorie s’efface pour laisser place à une iconographie plus compréhensible, c’est-à-dire plus démonstrative, montrant ainsi un souci de lisibilité du message (11).

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Ces figurations de plus en plus anecdotiques, encadrées de cartouches, banderoles, tresses de feuillages, s’organisent selon des compositions dérivées des grands panneaux décoratifs des mairies, chambres de commerce ou plafonds des théâtres, etc. L’académisme déploie son savoir et ses charmes en vue de proposer des maquettes conformes au goût dominant. Si la nouvelle peinture est devenue acceptable (Manet, Monet, Renoir, etc.), l’institution bancaire évite tout engagement dans la modernité. Alors que les œuvres impressionnistes entrent dans les collections, bientôt dans les musées (12), que l’art nouveau fait fureur pour les objets, le décor intérieur, architectural et urbain (affiches de Mucha, entrées de métro de Guimard, céramiques de Gallé, etc.), les billets de banque conservent pour de longues décennies, un type d’imagerie profondément académique. Le style, conforme au goût traditionnel, évite les audaces. Imagine-t-on un billet de banque dessiné par Degas, Lautrec ou Redon ? Impensable bien sûr… On s’étonne pourtant que la Banque de France n’ait jamais fait appel aux grands décorateurs du moment, les Capiello, Erté, Cassandre, Lurçat, aujourd’hui Massin ou Stark, qui auraient pu créer des billets d’une grande valeur artistique, et historique. Les artistes choisis l’ont été sur leur réputation, en leur temps, donc représentatifs de l’art le plus officiel (13). Le premier billet polychrome mis en circulation (100 francs Type 1906) est l’œuvre de Luc Olivier Merson, artiste de grande renommée (14). Pour ses maquettes, la Banque choisit Serveau, Le Feuvre, Fontanarosa, dont on ne peut dire qu’ils aient représenté la pointe de l’avant-garde artistique.

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La série créée par Poughéon en 1945-1946, très marquée par le style art-déco des années 1930, a tenté une modernisation qui restera sans suite. Les nouveaux billets se feront de plus en plus à partir d’adaptations d’œuvres ou de documents existants, en particulier pour les portraits. Ainsi : Descartes d’après Franz Hals, Chateaubriand d’après Anne-Louis Girodet-Trioson, Bonaparte d’après Louis David, Richelieu d’après Philippe de Champaigne, Corneille d’après Charles Lebrun, Hugo d’après Léon Bonnat, Pasteur d’après une gravure de Champolion… et La Liberté, reprise directement du célèbre tableau de Delacroix.

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Depuis les premiers billets réduits à un simple graphisme sans aucune illustration, jusqu’à nos billets actuels, véritables gravures (15) de plus en plus sophistiquées, la création d’images par la Banque de France n’a cessé d’évoluer aux plans technique et iconographique.

Portraits

Depuis longtemps nous utilisons des coupures montrant des visages plus ou moins connus. Le portrait semble la règle. Il n’en a pas toujours été ainsi. Le portrait d’un homme célèbre apparaît sur un billet de banque pour la première fois durant la guerre de 1914-1918.

Août 1914. Enfin la revanche ! Tout est prêt : pantalons garance, galons brodés, képis chargés de dorures… Ces uniformes rutilants, trop voyants, inadaptés à la guerre moderne, seront remplacés par le « bleu horizon »… Le discret remplace le spectaculaire. Le fonctionnel écarte l’ostentatoire. Changement de stratégie, de signification du vêtement militaire.

1916, Verdun. Des hommes embourbés dans les tranchées, rongés par la vermine, noyés sous des averses d’obus, feux d’artifices tragiques au dessus des étendues lunaires. Carnage, Massacre, Boucherie. La guerre n’en finit pas qui devait être « fraîche et joyeuse ». Fatigue, lassitude, mutineries bientôt. Le moral baisse. Si l’arrière tient, l’effort de guerre est de plus en plus dur à supporter.

1917 sera plus terrible encore : désertions, rébellions, exécutions. Cette année là, la Banque de France boucle la série d’émission de petites coupures (5, 10, 20 francs) pour d’impérieuses nécessités, politiques et financières (16). Outre leur faible valeur, ces coupures présentent un changement iconographique notable.

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Sur le billet de 20 francs, le profil du Chevalier Bayard. Le choix est on ne peut plus clair : grand capitaine mort au combat, à Marignan (célèbre date) d’une arquebusade autrichienne (!), héros national popularisé par les livres scolaires. Portrait discret serti dans un médaillon à gauche, complété par la fameuse devise « sans peur et sans reproche » qui souligne l’exemplarité du personnage en cette période tragique. Ce billet bleu pâle – raisons techniques de sécurité – semble faire allusion à « la ligne bleue des Vosges » tout autant qu’à la couleur des nouveaux uniformes des poilus, « bleu horizon ».

Au verso, une scène imprégnée d’un calme paisible : au milieu des champs un solide paysan, debout, en pleine lumière, parmi les épis mûrs, en train d’affûter sa faux. Le paysan (17) pourvoyeur de la Nation, héros anonyme qui sacrifie sa vie de labeur pour le bien de tous, représente ici la France rurale exposée aux combats meurtriers. Complémentaire de celle du recto, cette image illustre l’autre face de l’héroïsme, mais laisse planer l’ombre de la Mort (la faux) qui s’allonge sur les blés fauchés en une forme inquiétante. Mythe et réalité : gloire des héros, sacrifices anonymes, foi en la Victoire, etc.

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Pour les autres billets de la série, La Tour d’Auvergne (18), d’abord choisi, disparu au profit d’une « France casquée » avec en filigrane, un jeune guerrier extrait de l’œuvre de Rude à l’arc de triomphe de l’Étoile (5 francs Type 1917), et Minerve déesse de la guerre (10 francs Type 1915), références parlantes. Jusqu’à la fin de la IIIe République, jamais les billets ne délivreront de message aussi clair. De tels choix peuvent être lus comme « engagement patriotique » des décideurs et graphistes de la Banque, participation à la lutte collective contre l’envahisseur, pas forcément comme volonté délibérée de propagande. Ce mode symbolique sans détour n’aura pas de suite immédiate. La guerre finie, l’iconographie retrouvera les figures allégoriques classiques. On peut penser cependant qu’émerge ainsi une prise de conscience des capacités du Billet à véhiculer autre chose qu’une valeur financière. De plus en plus répandu au sein d’une population qui voit disparaître l’or et l’argent, le billet de banque, durant ces années de guerre, semble avoir expérimenté un statut inédit d’image de propagande. Le régime de Vichy (peut-on s’en étonner ?) exploitera cette fonction singulière (19).

La série émise en 1941-1944 voit un retour du portrait : Descartes (100 francs Type 1942), Jacques Coeur (50 francs Type 1941), mais aussi, en filigrane, Anne de Bretagne (20 francs Type 1942), Jeanne d’Arc (10 francs Type 1941), Bernard Palissy (5 francs Type 1943), « héros » typiques du nationalisme fasciste de Vichy (provincialisme, artisanat, religiosité, tradition...). Le billet de 5000 francs affiche sans scrupule un colonialisme triomphant. Au centre de l’image, quatre personnages représentent l’Union française : la France métropolitaine et ses colonies, Maghreb, Afrique noire, Indochine. Au centre, de face, visage d’une régularité idéale, la France domine les trois autres figures : un noir torse nu, un asiatique coiffé d’un turban, un maghrébin à la barbe en pointe vêtu d’un burnous. Trois figures stéréotypées agrémentées des accessoires les plus conventionnels. Seule la France, blanche, regarde fixement le spectateur. Conçue dès la fin 1940, alors que l’Empire colonial présente les premiers symptômes d’effritement, cette vignette est l’exemple même d’une image à caractère politique. Au fond, quatre drapeaux tricolores flottant au vent insistent sur cet aspect du billet.

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Le verso reprend l’effigie de la France, mais incluse dans un paysage côtier manifestement exotique, entourée d’une masse profuse de fruits divers, image d’abondance sereine complémentaire de la précédente. Lorsqu’en 1957 cette coupure sera remplacée, toute allusion à l’Empire colonial disparaîtra : la décolonisation est irréversible. La nouvelle coupure de 5000 francs reviendra à l’imagerie tranquille de la IIIe République une effigie rassurante, le Bon-Roi-Henri, le souverain le plus sympathique de la mémoire nationale.

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Tous les billets émis depuis 1953 montrent un personnage célèbre. La décision de faire figurer le portrait de tel ou tel sur ces images de grande circulation, ne peut être dénuée de sens. On l’a vu, l’apparition du Chevalier Bayard durant la grande guerre est en adéquation avec la situation. Par la suite, il faut attendre plus de vingt ans pour voir un portrait : Sully, mais au verso (20). Depuis, les personnages élus viennent du fond commun de la culture nationale, « grands hommes » des domaines politique (Sully, Jacques Cœur, Henri IV, Richelieu, Bonaparte), littéraire (Descartes, Chateaubriand, Hugo, Corneille, Molière, Racine, Pascal) scientifique (Pasteur, Le Verrier). Le Verrier déroge au critère « grands hommes » en ce qu’il est bien peu connu (21). Son nom est d’ailleurs inscrit sur le billet. Principe repris dans les années 1970 du fait de personnages aux visages peu familiers, absents des illustrations de la littérature scolaire ou des nouveaux médias. Cet effort de renouvellement des grandes figures nationales – universelles ! – semble rompre avec l’esprit de la IIIe République. Nombre de célébrités auraient pu figurer sur les billets : La Fontaine, Vauban, Rousseau, Diderot, Lamartine, Clémenceau, etc. (22)

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En 1972, la Banque de France entreprend une série « artistique », la première du genre. Jusque là aucun peintre, aucun musicien n’avait eu droit à ce type de consécration. La mise en valeur (!) de l’art et de ce qu’il représente dans l’histoire montre l’importance donnée à (cette partie de) la culture dans ces années. Delacroix (100 francs), Quentin-Latour (50 francs), Debussy (20 francs), Berlioz (10 francs), la série manifeste l’intention de promouvoir un intérêt pour l’« Art ». Ces coupures de faible valeur d’usage courant (alors que le billet de 500 francs est à l’effigie de Pascal) constituent une tentative de célébration paradoxale de l’artiste, « génie créateur détaché des basses préoccupations matérielles ». Faut-il voir là une volonté de déplacer les poussées soixante-huitardes vers des espaces moins politiques ? La reprise du tableau de Delacroix, La Liberté guidant le peuple, peut être lue en ce sens. De plus, l’association Liberté-Argent énonce clairement les orientations du néolibéralisme giscardien (23).

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Aujourd’hui

Nos coupures actuelles constituent une série cohérente profondément novatrice répondant aux nécessités actuelles de la monnaie, en particulier dans le domaine de la sécurité. Quant à l’iconographie, les choix de la Banque se sont portés sur quelques personnages venus du champ scientifique, artistique et littéraire (Saint-Exupéry, Cézanne, Eiffel, le couple Curie) personnages connus certes, mais dont la faible popularité des visages a nécessité l’inscription de leur nom (24). Ce fait confirme le changement apparu précédemment dans le choix des figures illustratives. Les visages des héros nationaux largement connus par tous depuis l’école républicaine de la IIIe République constituait une imagerie commune reprise par les vignettes fiduciaires, participant ainsi au maintien et à l’activation de certaines valeurs idéologiques. Le choix de visages « inconnus » dénote à la fois un désir d’inscrire de nouvelles figures au Panthéon national, une volonté d’élargir le champ culturel, mais aussi, sans doute, un affaiblissement, une perte d’importance de cette imagerie populaire en regard de leur fonction de propagande (25). Nos derniers billets sont à cet égard exemplaires. Lors de son apparition, le billet de 50 francs à l’effigie de Saint-Exupéry, a quelque peu dérouté : plus petit, plus coloré, plus complexe, comportant des images variables et des zones « métalliques », il rompait avec l’aspect habituel des coupures. De la paillette, du strass, du clinquant… Image de l'argent ? On s'y laisserait prendre si l'on n’avait appris que tout ce qui brille n'est pas or.

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Le Petit Prince, incongru sur un billet de banque, se détache sur fond de carte du monde. Une partie seulement, l’Europe occidentale et l’Afrique. Mémoires vertes du colonialisme comme une image discrète du dialogue alibitaire nord/sud. Le verso nous offre un désert ocre, vide, dépourvu de tout. Figures, signes lisibles constitutifs d’un véritable discours : le langage de l'argent ? Pour le 500 francs qui suit, la plus grosse coupure, on a choisi le couple Curie. C’est la première fois, en France, qu’une femme est célébrée sur un billet de banque (26). Mais avec prudence. Mise à part la Liberté d’après Delacroix (une allégorie), les femmes n’ont jamais eu d’autre rôle que « décoratif », anecdotique ou symbolique. Cependant, nous avons noté Jeanne d’Arc sur le billet de 10 francs émis en 1941, mais en filigrane. La présence de cette figure à cette date n’a rien de surprenant. On verra, et toujours en filigrane, Anne de Bretagne, Catherine de Médicis, Armande Béjart. Marie Curie, figure de premier plan, est cependant accompagnée de Pierre, son mari, placé derrière elle (27). La dominante verte, un vert « électrique », fait penser à la phosphorescence des images radiographiques, ce qui s’accorde parfaitement au thème choisi. Voire à l’incontournable « billet vert » ?


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L’émission du 200 francs a déclenché une polémique. La Banque avait choisi d’y faire figurer les frères Lumière pour le centenaire de l’invention du cinéma. À l’annonce de cette décision des voix se sont élevées pour s’opposer à un tel hommage : les opinions collaborationnistes et vichystes de l’un des frères conférait à ce choix une signification scandaleuse. Il fallut abandonner le projet et procéder à une nouvelle maquette (28). Eiffel remplaça les frères Lumière, inscrivant pour la première fois l’ingénieur-architecte dans le cadre fiduciaire. Célébrité de la même période de l’histoire, Eiffel et sa tour trouvent là une consécration que les premières réactions en 1889 (et sa compromission dans le scandale de Panama) ne laissaient pas prévoir. Bel hommage à l’objet-symbole de Paris, de la France, la tour Eiffel, démonstration de technicité, image de progrès, emblème de la révolution industrielle, signe du renouveau du capitalisme, mais aussi symbole de laïcité républicaine en réponse à la construction contemporaine de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.

Le 100 francs vient clore la série. Ultime billet rédigé en francs (une pièce historique !), ocre-brun, un peu morne, il prolonge les choix antérieurs. Pour la même valeur, un peintre évince un autre peintre : Cézanne remplace Delacroix. Une Nature morte aux pommes succède à La Liberté sur les barricades. La présence du tableau Les joueurs de cartes, d’un vert acide bien peu cézannien, étonne : l’association de l’argent et du jeu est généralement fustigée par la morale traditionnelle. Il est vrai que depuis plusieurs décennies, c’est l’état lui-même qui encourage ces pratiques : Loterie nationale, Tiercé, Loto, grattages divers, etc. Hasard ou ironie ? Sait-on que le peintre d’Aix-en-Provence est issu d’une famille liée à la banque ? Le 1er juin 1848 le père du jeune Paul, le futur peintre, ouvre à Aix la Banque Cézanne et Cabassol ! Pour la première fois le billet rend compte – allusivement certes, et pour l’ultime billet français – de la réalité-vérité de ce rectangle de papier (29). Le (fils du) banquier sur un billet de banque, quoi de plus logique ! La Banque elle-même se devait de figurer sur le dernier de nos billets (il était temps !), en sorte de clore définitivement le cycle historique du Franc ?

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Dans un petit ouvrage sur l’art, daté de 1954, on peut lire : « …Cézanne, écarté par le Musée du Luxembourg lors du legs Caillebotte, mais de qui les œuvres sont aujourd’hui au Louvre, qui a sa rue à Paris, et à qui l’état, plus tard, accorda la même gloire qu’à Pasteur : son effigie sur les timbres-poste ! » (30). La boucle est bouclée, après le timbre, le billet de banque. L’émission de nouveaux billets a toujours excité l’imagination, déclenché critiques, polémiques, moqueries, etc. Pour une fois, l’image est vraiment regardée et donne lieu à nombre d’inventions verbales dans tous les milieux. Ainsi le Saint-Exupéry suscita « Vol de nuit », le titre prenant alors un tout autre sens ; les Curie du 500 francs firent naître « l’écurie », d’Augias probablement, tout comme, en leur temps, la vox populi avait nommé le 5 francs Victor Hugo un « misérable », le 10 francs à l’effigie de Voltaire un « silencieux » (vol–taire) (31), ou le Delacroix « Sang franc » (100 francs), etc. Les créations argotiques ou populaires ont sans cesse enrichi le vocabulaire monétaire, plus souvent sans doute pour nommer la monnaie de métal que les billets : « Blé, l’argot devient millet, puis millet désigne plus particulièrement un billet de 1000 francs. Il y a donc une double contamination, phonétique entre mille et millet, et sémantique entre blé et millet » (32). On le sait, les secteurs linguistiques donnant lieu à la plus grande profusion d’inventions verbales sont l’argent et le sexe. Deux domaines réunis par Balzac, à sa manière : « On invente les billets de banque ; le bagne les appelle des fafiots garatés, du nom de Garat, le caissier qui les signe. Fafiot ! n’entendez-vous pas le bruissement du papier de soie ? Le billet de mille francs est un fafiot mâle, le billet de cinq cents francs un fafiot femelle » (33).


Fin

À la fin du siècle dernier Félix Fénéon écrivait : « La ligue contre la liberté des rues fouille dans nos poches ! Elle en veut à l’allégorie — un peu nigaude — qu’Augustin Dupré composa, il y a un siècle, pour les pièces de cent sous, HERCULE ENTRE L’UNION ET LA FORCE. Hercule nu n’est (…) que le fêtard de la nuit aux cinquante filles c’est-à-dire un personnage sans mœurs, un dangereux récidiviste même. Mrs F. Passy, P. Desjardin, J. Simon, tous nos mômiers demandent que l’Hôtel des Monnaies adopte des poinçons à moins indécente effigie. Soit, qu’on fasse endosser à Hercule une redingote de clergyman. Et que, sur la menue monnaie d’argent et de bronze on remplace par le masque lauré de Prud’homme ou de Rothschild la menteuse République aux épis » (34).

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Ce texte mordant dénonce l’importance des figures allégoriques placées sur la monnaie. On le voit, dès la fin du siècle dernier, les fonctions symboliques de l’iconographie monétaire avaient été perçues, même si la réflexion de Fénéon ignore les billets de banque plutôt rares de son temps et encore peu investis de ce type de contenus. La disparition des profils de Napoléon III ou de Philippe Pétain sur les monnaies métalliques ou les timbres poste ne doit pas laisser penser que seuls les régimes autoritaires incarnés par un seul chef tirent parti de ces « médias ». Ce n’est qu’une question de degré. Le détour par des illustrations apparemment « innocentes » pourrait bien s’avérer plus inquiétant. L’importance spectaculaire des grands médias contemporains (affiches, radios, télévision…) a tendance à faire oublier l’existence de cette réalité dont les effets souterrains mais sans doute actifs, sont une expression du pouvoir politique. On s’étonne que les historiens, avides d’archives, n’aient pas exploité cette imagerie. Les débats autour du nom de la monnaie européenne (Écu, Livre, Euro...) et les précautions inhérentes à la création des coupures en Euro choisies de façon à ne froisser aucun sentiment national, images soi-disant « neutres », montrent bien la réalité de cette fonction propagandiste. Point de figure héroïque, simplement des « signaux architecturaux » doivent énoncer l’Europe en construction. Il faudra regarder de près les nouvelles images proposées, imposées, par l’Europe. Y lira-t-on quelque marque subtile révélatrice de la prééminence de telle ou telle nation ? Hypothèse ou préjugé ? De toutes façons, le développement de l’usage de la monnaie électronique rejette déjà les quelques billets restants dans un ghetto iconographique, condamnés à n’être plus que de simples images, inutiles, obsolètes. D’ailleurs, depuis longtemps, la Vraie Phynance et ses jeux d’écritures, manuelles ou électroniques, n’a que faire de ces papiers historiés, tout justes bons à fasciner les populations, les masses laborieuses, le bon peuple. Il suffit de constater l’austérité toute calvino-luthérienne de l’US-dollar, glauque (35) et monotone, indice patent de l’inutilité d’une telle imagerie pour un esprit pragmatique. Alors, les billets de banque, de simples images ? Malgré leur aura de sacralité (financière), les billets de banque présentent les caractères communs à toutes les images (fixes). Au delà des limites de cet article (36), un regard plus approfondi permet de vérifier les contenus, les intentions, les non-dits et autres lapsus iconiques de ces objets singuliers. Images d’état, en cela spécifiques, mais images comme les autres, donc offertes à toutes lectures, symbolique, sémiotique, iconologique, historique, esthétique, voire ludique. Mais on ne joue pas avec l’argent… ! Images pour enfants sages ? Comme des « bons-points » crédibles, la monnaie fiduciaire (37) a su s’affubler des masques de la préciosité décorative, de la figuration anecdotique pour diffuser largement son discours idéologique, montrant par là les deux faces (avers/revers, recto/verso) de la fonction et de la valeur de l’argent.

Michel Dupré.

Ancien Maître de conférences, UFR Arts plastiques à l'Université Paris I. Retraité depuis 2000.


(1) L’étude de l’évolution des portraits officiels du chef d’état, de Thiers à Chirac, est à cet égard tout aussi pertinente que celle des bustes de la République, allégorie (Marianne) aujourd’hui disparue, incarnée désormais par d’éphémères célébrités populaires.

(2) Pierre Nora, « Les lieux de mémoire », Gallimard, 1984.

(3) Émissions en MF. 1815 : 40. -1870 : 1544. -1914 : 7325. -1939 : 128.514. -1944 : 568.297… (Source INSEE).

(4) Les défauts de la monnaie métallique (poids, usure, encombrement…) ajoutés à la pénurie d’or ou d’argent ont incité au développement du papier. La monnaie de métal (sonnante et trébuchante) a toujours eu la préférence des populations. Les pièces d’or et d’argent de pleine valeur ont constitué l’essentiel de l’épargne, surtout dans les campagnes. En France, l’usage des billets est courant dans les années 1930. Jusqu’à cette date, ils forment la couche supérieure de la circulation monétaire, principalement utilisés pour les transactions d’importance. Nous qui avons eu tant de difficultés à compter en « nouveaux francs » et qui aujourd’hui cachons nos inquiétudes à l’approche du passage à l’Euro, imagine-t-on nos ancêtres confrontés à ce morceau de papier dont on affirmait qu’il avait réellement la valeur de l’or ! La monnaie métallique, brillante, pesante, réduite à un froissement à peine audible… Imagine-t-on l’effort d’abstraction nécessaire pour concevoir et accepter l’équivalence entre le billet et le beau métal ? Abandonner le précieux métal a dû être un crève-cœur…

(5) In « La monnaie miroir des rois ». Paris, 1972. L’importance de la numismatique pour les archéologues et historiens n’est plus à démontrer. Les monnaies frappées en 1897 avec la Semeuse, qui sème contre le vent (geste prémonitoire ?), est réutilisée par la Ve République en 1959 (1903 pour les timbres-poste).

(6) La nationalisation de la Banque décidée en 1936 par Léon Blum, ne sera réalisée qu’en 1945 par De Gaulle, le 2 décembre (hasard ou date symbolique ?), avant de redevenir plus récemment une institution indépendante.

(7) Les premiers billets se réduisent à un rectangle de papier blanc sur lequel sont inscrits la valeur en toutes lettres, et non en chiffres (ce qui indique une catégorie d’usagers), signatures, tampon et texte de la loi, le tout encadré d’une ligne noire. Le médaillon royal fait aussi le lien avec la monnaie métallique.

(8) Cette même loi crée le Franc Germinal, unité monétaire de la France utilisée jusqu’en 1926.

(9) Les coupures sont détachées d’un carnet, sorte de chéquier. La coupure de 5000 francs émise en 1842, comportant un talon, est restée en circulation jusqu’en 1939,. A la fin du siècle les talons disparaissent (1882, le 100 francs n’en comporte plus) faisant du billet un objet (une image) autonome, cependant que les valeurs importantes conservent le talon (5000 francs 1918).

(10) Imagine-t-on une coupure marquée simplement de l’inscription « ceci est un billet de banque de X....francs » ?

(11) En 1897 le billet de 1000 francs de Flameng (non émis) est l’objet d’une demande de modification : la pruderie bourgeoise demande que les seins nus de la Fortune soient voilés. La même maquette servira en 1918 pour une coupure de 5000 francs, non émise elle aussi. Il faudra attendre 1978 l’émission du 100 francs Delacroix pour voir une femme aux seins nus. Ce n’est plus la Fortune, mais la Liberté.

(12) L’État accepte (en partie) le legs Caillebotte en 1897, Olympia de Manet entre au Louvre en 1907, etc.

(13) François Flameng, Luc Olivier Merson, membres de l’Institut, font partie du gotha artistique à la fin du siècle.

(14) On fera de nouveau appel à Merson en 1927 pour le billet de 50 francs. Ce billet, comportant la signature de l’auteur, fit l’objet d’un procès intenté par les héritiers du peintre, la Banque ayant modifié quelque peu le dessin original. Depuis, plus aucune signature de maquettiste sur les billets.

(15) En tant que gravures on s’étonne que les billets ne soient pas soumis au Dépôt Légal obligatoire.

(16) Ces coupures de valeur relativement faible destinées à circuler dans les échanges quotidiens, veulent remplacer la monnaie métallique, le métal faisant partie des matières premières stratégiques. Ces années de guerre voient l’usage du papier monnaie se répandre peu à peu dans toutes les couches de la population : en moyenne 1 billet par personne en 1914. Aujourd’hui 25, chiffre stable depuis près de trente ans.

(17) À cette date la population française est majoritairement rurale. Le rapport s’inverse dans les années trente.

(18) S’agit-il de Théodore « Premier Grenadier de France », ou du Maréchal Henri de la Tour d’Auvergne ?

(19) Le chef de l’état Français n’était-il pas le « vainqueur de Verdun » ?

(20) Par la suite, Jacques Cœur (1941), Descartes (1942), Chateaubriand (1945), Le Verrier (1946), Hugo (1953), Richelieu (1953), Bonaparte (1955), Henri IV (1957), Molière (1959), Racine (1962), Voltaire (1963), Corneille (1964), Pasteur (1966),Pascal (1968), Berlioz (1972), Quentin-Latour (1976), Delacroix (1978), Debussy (1980), Montesquieu (1981), et les derniers émis depuis 1992, Saint-Exupéry, Cézanne, Eiffel, Pierre et Marie Curie.

(21) Mathématicien et astronome du XIXe siècle, Le Verrier découvrit la planète Neptune. Le centenaire de cette découverte fut l’occasion de ce choix en 1946 (malgré la guerre, la France reste une grande nation scientifique…).

(22) Certaines maquettes n’ont pas donné lieu à émission: Louis XIV et Clémenceau, entre autres. Les « grands absents » pourraient faire l’objet d’une analyse. De même les choix iconographiques des vignettes pour billets des banques coloniales (Indochine, Madagascar, Antilles, Syrie, Liban, etc.).

(23) Montesquieu (200F.), défenseur du libéralisme et théoricien du fédéralisme indiquerait une association très « giscardienne » entre un nationaliste artistique et le projet de fédéralisme (européen) libéral ? Le choix de Quentin-Latour confirme ce goût pour le XVIIIe siècle, et Berlioz rappelle l’orchestration de la Marseillaise remise à l’honneur par VGE. Lors de ce septennat la tête d’une Sabine d’après David remplaça la Marianne des timbres-poste courants. 1981, la Sabine disparaît au profit de la tête de la Liberté de Delacroix. De Giscard à Mitterrand, de David à Delacroix, du classicisme au romantisme, de 1789 à 1830, du libéralisme aristocratique au socialisme démocratique. Ce retour de la Liberté peut se lire comme signe d’une continuité du régime.

(24) Ces personnages montrent un changement profond dans la culture. Les visages de Berlioz, Quentin-Latour, Debussy, Delacroix sont trop peu connus du grand public, d’où l’inscription du nom dans l’image (Cf. Le Verrier).

(25) Les nouveaux moyens de paiement participent à cette évolution, tout autant que la puissance des médias.

(26) Même si des maquettes ont été confiées dès 1966 à une femme, Mlle Lambert (Pasteur, Racine, Montesquieu).

(27) En 1989, la Banque nationale suisse choisit une femme pour illustrer un billet de banque (émis en 1995): Sophie Tauber-Arp, artiste plasticienne. Imagine-t-on, en France, une femme peintre sur un billet de banque : Berthe Morisot, Suzanne Valladon, Rosa Bonheur, première femme décorée de la Légion d’honneur ? 1945, Sarah Bernardt est la première femme sur un timbre poste, l’année où on leur accorde le droit de vote.

(28) Un avant-projet s’inspirait d’un personnage tiré du tableau de Georges de la Tour La diseuse de bonne aventure, représentant le vol de la bourse d’un jeune naïf.… La Banque aurait-elle de l’humour ?

(29) En 1915, le filigrane du billet de 10 francs, utilise une figure tirée des sculptures du fronton de la Banque de France.

(30) Les timbres poste jouent un rôle comparable à celui des billets. En 1938 la Poste émet un timbre au profit de la Société de prophylaxie sanitaire et morale pour sauver la race ! Le premier portrait apparaît sur un timbre-poste pour le centenaire de la naissance de Pasteur. Tous les personnages présents sur les billets l’ont été sur les timbres-poste. La Poste, servirait-elle de banc d’essai ?

(31) Cf. Mon analyse de cette coupure, in « Social-Écriture ». DDP, 1973.

(32) Pierre Guiraud, « Sémiologie de la sexualité ». Payot, 1978. Ajoutons l’analogie graphique BILLET- MILLET. Les ronds, le blé, la braise, la fraîche, le fric, l’artiche, le jonc, le rotin, le pèze, le pognon, etc., riche série lexicale.

(33) Honoré de Balzac, « La dernière incarnation de Vautrin », 1847.

(34) « En dehors », 20 mars 1892. Fénéon pointe implicitement le non-dit des effigies monétaires dont un certain roi de France fit les frais, par un spectaculaire retournement, un jour de juin 1791, à Varennes-en-Argonne.

(35) Glauque, au sens chromatique du grec glaukos…

(36) Une étude des émissions étrangères montre les liens historiques entre divers pays et leurs enracinements culturels. La présence d’un souverain, actuel (la Reine d’Angleterre) ou passé (Washington), d’une devise (In god — gold ? — we trust), de la carte du pays, ou autres signes figuraux permet de lire certains aspects du caractère de telle ou telle nation, à tel ou tel moment de l’histoire.

(37) Monnaie fiduciaire : monnaie de confiance !



Annexes

Le dernier numéro de la Voix du regard (N°20) a été édité en 2008. Tous les billets qui illustrent cet article sont issus de la base de données inconographique de Numizon. la photo de l'avers de la pièce de 20 francs Hercule 1973 provient du site de cgb.fr. Pour toute demande d'utilisation des billets, merci de nous contacter.