Contexte historique

Le 2 décembre 1941, le Comité national français, gouvernement de la France libre, crée par ordonnance la Caisse centrale de la France libre (CCFL), établissement public possédant le droit exclusif d'émettre des billets au porteur ayant cours légal et pouvoir libératoire illimité dans les territoires placés sous l'autorité ou le mandat de la France Libre. René Pleven en devient le Président du Conseil de Surveillance, André Diethelm le Directeur Général et le siège social est situé dans des locaux proches de la Banque d’Angleterre à Londres. L'objectif de la CCFL est de « permettre une réorganisation complète des méthodes comptables et de constituer la caisse du trésor, en même temps que l’on met sur pied un organisme d’émission, un office des changes et un comptoir d’investissement. La parité de la livre sterling est fixée à 176 F libres. Le général de Gaulle s’engage à vendre au moins la moitié de la production d’or de ses territoires à la Banque d’Angleterre. La France Libre couvrira par ses ressources coloniales propres les dépenses civiles de ses territoires (1) ».

À partir de juillet 1942, la Caisse centrale de la France libre est chargée « d'émettre des billets au porteur et des monnaies métalliques ayant force libératoire dans les territoires désignés ». Elle sort une première série de billets de banque de 5, 10, 20, 100, 1 000 francs et 5 000 francs Type 1941, mais le 5000 francs restera à l'état de projet. La série est dessinée par Edmund Dulac et imprimée par Bradbury et Wilkinson de Londres. Les billets sont d'abord émis en Afrique-Équatoriale française, puis ensuite à Saint-Pierre-et-Miquelon et après leur ralliement, en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane française et à La Réunion.

Le 2 février 1944, la CCFL change de nom et devient la Caisse centrale de la France d'outre-mer (CCFOM). Le nouvel institut fait imprimer une nouvelle série de billets de banque de 5, 10, 20, 50, 100, 500, 1 000 francs Type 1943.



20 francs Type 1943 Saint-Pierre-et-Miquelon

Moins rare que le 1000 francs Type 1943 Saint-Pierre-et-Miquelon, dont nous publierons un article très prochainement, le 20 francs Type 1943 Saint-Pierre-et-Miquelon (2) est identique au 20 francs Type 1941 émis pour l'Afrique-Équatoriale française. Il ne comporte pas de filigrane ni de date d'émission (probablement mis en circulation à partir du 20 janvier 1943). Ses dimensions sont de 135 x 75 mm. Le billet est imprimé à dominante vert foncé sur un fond de sécurité en dégradé violet et jaune composé de motifs guillochés et de rosaces répétés en continu. Au recto, le billet est libellé au nom de la « Caisse Centrale de la France Libre » avec la valeur « 20 » répétée à gauche et à droite. La numérotation est imprimée en rouge et répétée à gauche et à droite en partie supérieure. Les signatures, les valeurs et libellés sont imprimés en vert foncé. Au centre dans un ovale vert foncé, un portrait de Marianne (3) portant un bonnet phrygien de profil à gauche. Deux ancres marines en croix de Lorraine encadrent la figure (4). Deux signatures : Le Directeur Général, André Diethelm et Le Président du Conseil de Surveillance, René Pleven. Description du verso : formes guillochées dans les angles sur un fond de sécurité en dégradé jaune et violet et au centre dans une rosace ovale, l'article 139 du code Pénal encadré par la valeur « 20 » répétée à gauche et à droite et l'Ordonnance du 2 décembre 1941.

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Un billet rare ?

Tous les billets émis pour l'Afrique-Équatoriale française et les autres territoires sont rigoureusement identiques. La seule possibilité de les différencier est leur plage de numéros ! Concernant les billets émis pour Saint-Pierre-et-Miquelon, la numérotation va de LA 000,001 à LA 030,000 soit 30 000 exemplaires ! Notez que les billets numérotés LA 030,001 à LA 530,000, destinés également à compléter l'approvisionnement monétaire de Saint-Pierre-et-Miquelon ont été perdus en mer en mars 1943.

L'inventaire de Numizon comporte à ce jour 20 billets dont 2 spécimens. Le plus petit numéro LA 000,619 est en Pr SUP et illustre notre article. Le plus grand Numéro connu LA 029, 052 en état TTB, a été vendu 120 € chez Christoph Gärtner Auction en 2019. Le billet est totalement inconnu dans des états supérieurs à Pr SUP ! Un exemplaire en belle qualité ferait sans doute un prix d'exception lors d'une vente...

Découvrez l'inventaire en détail dans le tableau ci-dessous :

NuméroÉtatDate d'apparitionPrix de vente connuCommentaires
LA 000,000-1980-Spécimen sans surcharge !
LA 000,001-LB 1,000,000UNC2016-Perforé SPECIMEN horizontalement
LA 000,619Pr SUP2019117 €Collection AF
LA 001,068Pr TB2019-Collection JP
LA 002,933B201528 $Lyn Knight Auctions
LA 003,300TB2006-Exemplaire du catalogue Kolsky de 2006, page 218 (5)
LA 003,740TTB+-140 €cgb.fr
LA 006,455TB+2003-Collection MDF
LA 015,824TTB2017150 €cgb.fr
LA 016,956Pr TB2019-Alpes Collections
LA 017,706---Photo du site Banknote Museum
LA 018,104TTB2013402 $Lyn Knight Auctions
LA 018,813Pr TB202190 €Collection YNH
LA 020,668TTB--Collection NF
LA 022,536TB+--Vu en photo sur PicClick
LA 024,005Pr TTB2017105 €cgb.fr
LA 025,600TTB+2009920 $Lyn Knight Auctions
LA 026,131Pr TB--Collection Bank of Canada Museum
LA 028,388TB-75 €cgb.fr
LA 029,052TTB2019120 €Christoph Gärtner Auction


Les spécimens

Selon Maurice Kolsky, 10 billets ont été pris dans la série pour servir de Spécimen ! Aucun exemplaire n'a été retrouvé à ce jour. Un second Type de spécimen est connu numéroté LA 000,000 et perforé de deux trous d'annulation au-dessus des signatures (6). Un troisième Type de spécimen numéroté LA 000,001 à LB 1,000,000 est connu en collection privée. Celui-ci correspond également au spécimen du type de l'Afrique-Équatoriale française, voir ci-dessous :

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Attention : l'exemplaire LA 007,154 surchargé SPÉCIMEN en rouge en diagonale illustrant la page 192 de la première édition de l'ouvrage de M. Kolsky (7) est en réalité un montage réalisé pour les besoins du livre à partir d'un autre spécimen de l'Afrique-Équatoriale française, numéroté LA 557,154, vendu en état TTB à 180 € chez cgb.fr en 2015 (lot #4030270).



La cote Numizon pour ce billet

Les cotes indiquées sont des estimations calculées à partir des ventes observées ces dernières années. Ce billet reste cependant très rare et des records de vente pourraient venir contredire ces chiffres !

Série LA 000,001 à LA 030,000 :

SUP (40)TTB+ (30-35)TTB (20-25)TB+ (15)TB (12)B+ (8-10)B (4-6)
300 €200 €150 €100 €80 €60 €45 €

Spécimens :

SUP (40)TTB+ (30-35)TTB (20-25)TB+ (15)TB (12)B+ (8-10)B (4-6)
800 €550 €340 €----



Notes

(1) « L’histoire financière de la France Libre » par Jacques Bauche, Extrait de la Revue de la France Libre, n° 232, 3e trimestre 1980.
(2) Principales références catalogues : WPM (Pick) : #P.12, Kolsky : #K.603, The Banknote Book (TBB) : #B403, Schwan & Boling : #1953.
(3) Le profil de Marianne serait inspiré du visage de Léa Rixens, artiste et épouse d'Émile Rixens, un peintre ayant fait l'École des Beaux-Arts de Toulouse en compagnie de Dulac.
(4) La composition centrale évoque un œil ouvert symbolisant une France libre encore bien vivante !
(5) « Les billets des D.O.M-T.O.M » par Maurice Kolsky, deuxième édition. Collection « Histoire du Papier-Monnaie français », 2006.
(6) Billet en photo page 27 du livre « World War II, Military Currency » par C. Frederick Schwan & Joseph E. Boling. BNR Press, 1980.
(7) « Les billets des D.O.M-T.O.M » par Maurice Kolsky, première édition. Éditions L'Auréus, 1986.


Nos sources



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