En 2014, Kajacques sur son site (1), et moi-même à travers un article dans le Bulletin Numismatique N°136 de cgb.fr (2), avions mis en exergue les billets publicitaires sous pochette cellophane, à la mode dans les années 1950 et avec pour support principal le 100F « Paysan ».

Depuis, Kajacques a tenu scrupuleusement à jour la liste des découvertes. Aux 13 types de 100F « Paysan » connus en 2014 se sont ajoutés, avec le billet présenté ici, 13 nouveaux types : 6 ans pour doubler les connaissances !


Un 100 francs Paysan Calor

La dernière découverte a été proposée à la vente par Numiscollection ce mois d’avril 2020. Il s’agit d’une publicité au recto pour le « nouveau rasoir électrique » de la marque Calor, « le plus près, le plus rapide » ; le verso est vierge. Cette pochette est en état correct, ouverte sur le côté gauche, avec juste une petite déchirure ; le 100F « Paysan » à l’intérieur, de 1946 et en état TB, sans intérêt en lui-même, usé et épinglé contrairement à la pochette, n’est malheureusement pas le billet authentique (voir l’argumentation complémentaire dans l’article du BN).

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Il n’empêche que ce nouveau type est intéressant à plus d’un titre. D’abord, sa rareté : il est réaliste d’imaginer que cette pochette, découverte seulement cette année, n’a survécu qu’en un tout petit nombre d’exemplaires, voire est unique !

Ensuite, son intérêt graphique : l’illustration de la pochette fait partie de celles, minoritaires, qui jouent avec le visage et parfois la main du jeune paysan du billet en dessous. Dans ce groupe, on retient :

  • les publicités pour des lunetiers (« Barrelle & Cie » à Paris, « G. Chartier & Cie » à Tours, et « Optique du Progrès » à Caen) : l’adolescent porte des lunettes à montures noires épaisses ;
  • une publicité unique pour « jouer au billard » : si la main du paysan tient logiquement une longue queue posée sur son épaule, son visage est bizarrement affublé d’un binocle et d’un nez rouge de clown !
  • une publicité unique pour « les pâtes aux œufs frais Lustucru » : la main tient ici une fourchette qui amène vers la bouche modifiée en sourire et les yeux changés en regard gourmand, les pâtes de la marque.
  • et notre publicité : cette fois, la main tient le fameux nouveau rasoir électrique, dirigé vers le visage de l’adolescent qui a vieilli puisque le voilà désormais affublé d’une barbe de quelques jours que le rasoir a déjà fait disparaître de sa joue gauche.

Les publicitaires ont ainsi été nettement plus imaginatifs que pour les autres pochettes parmi lesquelles, cependant, certaines jouent avec la place du filigrane, voire, pour une publicité de la librairie Gibert jeune à Paris, avec le nombre 100.


La tronche du billet...

Pourtant, ces publicitaires ont rarement signé leur œuvre. Ce qui n’est pas le cas de notre type ! En effet, on remarque l’annotation, en surimpression de la marge verticale droite du recto du billet : « Publicité Jean Brian, La Tronche (Isère) » suivie de mentions légales. La Tronche étant une commune limitrophe de Grenoble, bien connue puisque s’y trouve le principal groupe hospitalier de la ville et la maternité historique qui a vu naître nombre des enfants de la région. Ce publicitaire tronchois et la rareté de la pochette laissent supposer une diffusion locale, cette publicité s’intégrant alors à la numismatique papier de la région grenobloise, de l’Isère, du Dauphiné et de la région Rhône-Alpes.

Cette hypothèse d’une diffusion locale est confortée par le fait que ce publicitaire est aussi à l’origine de la pochette pour les pâtes Lustucru, avec cette fois-ci en marge basse la mention « Studio Jean Brian » sis dans la même localité. On reconnaît d’ailleurs une modification quasi identique de la main du jeune paysan sur les 2 publicités. Et Lustucru est une marque emblématique de Grenoble, créée en 1911 et dont le siège social, malgré les tribulations de la marque, serait toujours implanté localement selon Wikipédia.

En terme de prix, le marché de ces billets publicitaires s’est stabilisé. Leur connaissance et leur reconnaissance, avec désormais des apparitions très régulières dans les ventes aux enchères, a dans un premier temps conduit à quelques batailles, avec un record en 2016 à 520€ hors frais, soit plus de 582€ avec frais, pour « le spécialiste du bas nylon » à Chaumont. Depuis, l’essentiel des prix constatés oscille entre 50 et 120€. De fait, cette pochette Calor est revenue à 66,50€ avec les frais à son acquéreur.

Néanmoins, la numismatique de l’Isère a ses adeptes. Un billet de 1 franc de la Chambre de commerce de Grenoble sous pochette cellophane incluant un papier rose apparemment flottant avec « essence – pétrole –benzol / huiles et graisses industrielles / Gabriel Magnin / Tél. 17-14 22, avenue Félix Viallet, Grenoble », unique et tout à fait original, a dépassé les 221€ en 2019 sur Delcampe, avec 11 enchères, alors même qu’en général les pochettes publicitaires sur billets de nécessité sont moins recherchées que celles sur billets de la Banque de France.

En conclusion, le rattachement des pochettes publicitaires de Jean Brian à la numismatique grenobloise devrait sans nul doute rendre les publicités « Lustucru » et « Calor » plus attractives aux amateurs.


Références :

(1) « Les billets publicitaires ». Le pointage de Kajaques Numismatique.

(2) « Les billets publicitaires sous cellophane » par François Virecoulon, Bulletin Numismatique N°136 de cgb.fr, pages 32 à 35. 2014.