Le Salako est le chapeau traditionnel des pêcheurs des îles des Saintes (en créole guadeloupéen Lésent), un archipel d'îlots volcaniques situé dans les Antilles françaises et rattachées administrativement à la Guadeloupe. Leurs habitants se nomment les Saintois(es). L'origine de ce chapeau reste indéterminée. Son arrivée date sans doute du XIXe siècle, car la tradition orale locale veut que le Salako ait été rapporté d'Asie du Sud-Est par un officier de marine en provenance d'Asie. On sait par les archives que les officiers d'infanterie de la marine française basés au Tonkin en 1873, une région septentrionale de l'actuel Vietnam, portaient le « salacco », un couvre-chef proche du Salako saintois, mais de forme beaucoup plus plate et de composition différente. L'autre hypothèse avancée par les anciens de l'archipel serait que le Salako aurait fait son apparition avec l'arrivée d'Annamites indochinois déportés aux bagnes des Saintes en 1873 pour rébellion envers la France. Condamnés à des années de travaux forcés, certains d'entre eux seraient ensuite restés sur place, en particulier à Terre-de-Bas, comme agriculteurs ou potiers. L'origine du mot confirme en tout cas que le « chapeau saintois » vient bien d'Asie, plus précisément, de l'île de Luçon, aux Philippines, où le mot « salacco » désigne un « casque au large bord utilisé comme couvre-chef, fabriqué à partir de matériaux naturels ».

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Ce chapeau local est constitué de bambou
dont l'écorce est coupée en longues lamelles qui sont ensuite taillées en petits morceaux d'une vingtaine de centimètres. Ces petits bouts sont ensuite retaillés en forme de pointe afin d'être piqués sur un morceau de bois appelé « mamin», aussi léger qu'un bouchon de liège. Le tour de tête est quant à lui tressé, toujours en bambou, comme les nasses de pêcheurs. Même si son usage s'est fortement raréfié, il est encore porté de nos jours par certains pêcheurs saintois pour lesquels c’est un parfait accessoire de travail, protégeant du soleil comme de la pluie grâce à ses bords larges indéformables par le vent et tenant bien en place avec son lacet. Cet objet du quotidien est naturellement devenu un élément incontournable et emblématique de la culture et de l'identité saintoise...

C'est ainsi qu'en 1955, L'Institut d'Emission des Départements d'Outre-Mer (IEDOM) décide de l'immortaliser sur le 1000 francs Type 1955 « Pêcheur »(Réf. Pick #39 ou Kolsky #136).

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La conception du billet est confiée à l'artiste français Robert Pougheon. Celui-ci a déjà œuvré sur trois autres magnifiques coupures pour la Caisse Centrale de la France d'Outre-Mer... Le 1000 francs Type 1946 « Union française » (Réf. Pick #37 ou Kolsky #135), le 5000 francs Type 1946 « Schœlcher » (Réf. Pick #38 ou Kolsky #137) et le 5000 francs Type 1946 « Antillaise » (Réf. Pick #40 ou Kolsky #138). Malheureusement, l'artiste décède en mars 1955 et ne verra jamais le billet émis... un an plus tard !

Le modèle !

Un pêcheur saintois a servi de modèle à l'artiste. Nous ne savons pas qui il est... Mais nous avons la chance d'avoir la photo originale de ce pêcheur que nous vous présentons ci-dessous. Enfin, nous sollicitons tous les personnes qui pourront nous aider à en savoir d'avantage sur l'identité de cet homme devenu célèbre !

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Nota : cette photo a été diffusée pour la première fois en illustration de la page 34 du catalogue de Maurice Kolsky, « Les billets des D.O.M-T.O.M », seconde édition, Paris 2006.

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